Petit bonhomme de chemin

Jour 74

Le 13/09/11, 1:26

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Ca y est, le temps faisant inexorablement son œuvre, je passe aujourd’hui le cap des 29 ans. Je me suis bien gardée d’en parler à qui que ce soit au sein de l’ONG car j’ai décidé de faire à mes collègues la surprise du gâteau. Ce qui revient à faire les choses totalement à l’inverse des us locaux. On m’en tient d’abord un peu rigueur. Les anniversaires ici ne se prennent pas à la légère. Tous regrettent de ne pas avoir eu l’occasion de pouvoir préparer une petite fête à mon attention mais l’incident est de courte durée. Et je reçois de tous de chaleureuses félicitations et accolades (même de la part de gens que je rencontre pour la première fois).

Si je n’en ai fait qu’à ma tête pour l’instant, il est hors de question que je déroge au traditionnel vœu et soufflage de bougie. La coutume veut aussi que la personne qui fête son anniversaire morde dans le gâteau avec qu’on le partage entre les invités. Je m’exécute mais au moment où mes lèvres touchent la chantilly, Rosita soulève le gâteau pour « m’entarter ». Je me suis faite avoir comme une bleue, j’ai de la crème partout...




Après ces réjouissances matinales, Erland, Goyo et moi nous mettons en route. Nous avons décidé de tester aujourd’hui et demain certains parcours VTT. Aujourd’hui, nous comptons relier Cusco à Urubamba. Il y a environ 40 km. Cela devrait être l’affaire de quelques heures, pas plus. Du moins, c’est ce que je crois à ce moment-là.


La première partie du tronçon ne permet pas vraiment une adaptation en douceur à nos « montures ». Cela ne fait que grimper pendant des kilomètres. Et il est clair que mon style de conduite n’est guère adapté à nos vélos de location ultra légers. A la moindre difficulté, j’ai tendance à pédaler en danseuse. Or ainsi, je n’arrête pas de faire lever ma roue avant. La technique est donc assez peu efficace mais il est difficile de se débarrasser d’un coup de certains réflexes. Arrivés à Huaruaylla, Erland nous annonce que le plus dur est derrière nous et que nous allons enfin pouvoir profiter de quelques descentes. Profiter, c’est un bien grand mot... Pour une raison que je ne peux m’expliquer, j’ai vraiment peur de tomber. Serait-ce parce que les garçons ont déjà respectivement trois chutes au compteur ? Bref, j’ai le trouillomètre à zéro et descends à du 2 à l’heure. La seule solution serait de me détendre un peu mais je n’y arrive pas. Comme dirait Jose Luis, qui lui est un grand habitué des compétitions de descente en VTT, va falloir que je « retrouve mes couilles ». Mais je ne crois pas que cela sera pour aujourd’hui.

Notre petite équipée ne passe pas inaperçue en tout cas. Il est clair que les communautés avoisinantes n’ont pas l’habitude de voir se balader des touristes à vélo dans leur coin. Les garçons, qui roulent en tête, font déjà l’objet de nombreuses remarques mais, moi, je suis le clou du spectacle. J’entends les gamins s’exclamer sur mon passage GRIIIIINGA !

Lorsque nous arrivons à Koriquancha, je suis soulagée de trouver enfin des chemins un peu plus carrossables. Mais le soulagement est de courte durée. Nous sommes loin d’être au bout de nos peines, mère nature nous réserve encore bien des surprises. De gros nuages noirs s’amoncèlent au-dessus de nos têtes et très vite c’est le déluge. D’abord de la pluie, puis de la grêle. Impossible de continuer à rouler. Il faut se mettre à l’abri.

De temps à autres, nous profitons d’une accalmie pour reprendre la route mais celles-ci sont de courte de durée et nous devons nous arrêter à tout bout de champs pour nous protéger des fortes pluies voire des grêlons. Il nous faut un temps incroyable pour faire quelques kilomètres à peine. Nous finissons par arriver à l’entrée du village de Huila Huila où nous nous abritons sous la corniche d’une maison. Je n’en peux plus. Je suis frigorifiée et mon moral est au plus bas. Par chance, la propriétaire des lieux se rend compte de notre présence et nous invite à entrer chez elle. Je suis vraiment dans un état pitoyable et ne peux m’arrêter de trembler. La dame allume aussitôt un feu pour que je me réchauffe et part préparer un bon thé. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi je suis tant affectée par le froid. Certes, le fait de n’avoir aucun équipement de pluie et d’être déjà un peu enrhumée ne joue pas en ma faveur. Mais chez nous j’ai déjà connu bien pire. Comment se fait-il que je me sente si mal ?


Le thé que m’apporte la dame finit par me remettre d'aplomb. Et la pluie c’est enfin arrêtée. Il est temps de reprendre la route. J’avais l’espoir que nous suspendions la balade jusqu’à demain, que nous laissions nos vélos chez un des bénéficiaires de notre programme et que nous retournions à Cusco en bus. Mais Goyo me convainc de continuer encore un peu. Jusqu’à Cruzpata au moins. Arrivés au village, nous sommes à nouveau accueillis par des pluies torrentielles. Nous allons nous mettre à l’abri chez la Señora Rosa mais malheureusement il n’y a personne à la maison. Cette fois, les garçons également sont résolus à abandonner pour aujourd’hui la sortie VTT. La nuit va bientôt tomber et le postérieur d’Erland ne pourra, semble-t-il, pas supporter d’être assis une minute de plus sur une selle de vélo. Comme la Señora Rosa n’est toujours pas de retour, nous décidons d’aller confier nos vélos à un employé de CENPRODIC qui vit également au village avant de reprendre le bus pour Cusco. Il va encore falloir braver la pluie pour aller jusque-là. Mais en chemin nous nous faisons dépasser par un bus en route pour Urubamba. Le chauffeur s’arrête et nous propose de nous emmener. C’est une sacrée aubaine pour nous. En dépit du fiasco de cette journée, notre programme de demain ne sera au moins pas compromis.

Arrivés à Urubamba, nous déposons les vélos chez une tante de Goyo, puis, Erland et moi reprenons une voiture pour Cusco. Nous sommes épuisés et pour ma part, je n’ai toujours pas réussi à me réchauffer complétement. Erland me fait remarquer que c’est probablement un anniversaire dont je me souviendrai longtemps. C’est clair, à ce jour, je crois que c’est la pire randonnée VTT que j’ai jamais connue.

De retour en ville, je n’ai guère le temps de souffler. Aurelio m’a invitée à manger à l’occasion de mon anniversaire. Il m’attendait pour 18h mais avec toutes ces péripéties, il est 20h quand j’arrive à Cusco. Rosa se joint également à nous pour le repas. A table, on parle surtout boulot. A vrai dire, c’est un peu ennuyeux. Jusqu’à ce qu’Aurelio embraille sur le sujet de la réforme agraire et me donne sa vision des choses. Ça, ça m’intéresse.

Pour Aurelio, la réforme agraire est la pire des choses qui ait pu arriver au pays car la façon dont elle a été mise en œuvre est la cause de tous les maux que connait actuellement le Pérou. Avant la réforme, le système éducatif national comportait deux filières, le classique et le technique. La réforme agraire s’est accompagnée d’un remaniement du système scolaire. Au lieu d’encourager les paysans à suivre la filière technique afin de leur apprendre à mieux gérer leurs terres et en faire des spécialistes en agronomie, on a supprimé les instituts techniques et poussé les gens issus de la campagne à faire des études en droit ou en administration. Beaucoup sont devenus fonctionnaires ou avocats, souvent des avocats véreux qui se sont mis à exploiter les leurs au lieu de les défendre. A l’époque des Hacienda, les grands propriétaires terriens étaient souvent à la pointe de la technologie et appliquaient dans leur ferme des processus qui permettaient une productivité optimale. Par esprit de revanche, les paysans ont souvent mis à sac tout ce qui avait été mis en place par les haciendados. L’agriculture a commencé à péricliter. De plus, comme les grands propriétaires terriens n’étaient plus en mesure d’exercer un contrôle de la natalité sur les paysans, la démographie a explosé. Ainsi, le Pérou qui jusqu’alors était un pays exportateur a commencé à devenir un pays importateur s’enfonçant dans une terrible situation économique. Tel est le point de vue d’Aurelio, il nuance quelque peu ce que m’avait expliqué el Arquitecto.

C’est sur ces paroles assez peu réjouissantes que je quitte mes hôtes pour aller rejoindre quelques amis pour la partie plus festive de la soirée au bar the Muse. Il y a Anabel, Carlos, Joel et Sheilly et l’une au l’autre personne que je rencontre pour la première fois : Caroline, une Française, Salim, le serveur Egyptien du bar où nous nous trouvons, John, un Brésilien. A ma droite, la discussion est très sérieuse. Cela parle politique, religion, etc. A ma gauche, c’est nettement plus décontracté. Je saute d’une conversation à l’autre.

Vers minuit, Anabel et Caroline prennent congé de nous. Il ne reste plus que les Latinos qui, eux, ne sont pas prêts de rentrer. La nuit est loin d’être finie. Il faut dire que la plupart sont en vacances et ne travaillent pas le lendemain. Nous allons d’abord au bar The Frogs mais l’ambiance n’est pas vraiment au rendez-vous. Nous échouons donc au Mama Africa. C’est là que je découvre que mes 6 mois de cours de salsa n’ont finalement pas été vains. Contrairement à ce que je pensais je ne suis pas si nulle que cela, la seule chose qui me manquait c’était le partenaire adéquat : un Brésilien homosexuel. John est un super danseur. Nous faisons chauffer le dance floor. Salim nous rejoint également sur place et il paie tournée sur tournée. Je ne vois passer ni les verres, ni le temps. Il est plus de quatre heures du mat quand je rentre à la maison. Ce n’est pas bien raisonnable mais après tout, on ne fête ses 29 ans qu’une seule fois.

[ Voir les photos : Pérou - Cusco ]

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