Petit bonhomme de chemin

Jour 176

Le 26/12/11, 7:23

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Ce matin, comme prévu, nous nous rendons à Maras pour notre demande de rendez-vous auprès de l’alcalde. Tous les leaders de la communauté de Cruzpata nous accompagnent. Moi, par contre, je reste dans la voiture en compagnie de celui qui est peut-être devenu mon plus fidèle compagnon ici, mon très cher ordinateur portable qui ne me quitte presque jamais. J’attends patiemment mes compagnons et écoutant les annonces faites au speaker depuis la municipalité. On recherche de valeureux concurrents pour la prochaine course d’ânes...

Après la réunion, nous tombons sur Jaime, un des participants de Mullakas-Misminay. Cela tombe bien, nous voulions justement faire un détour par sa communauté pour visiter la fameuse casa-hacienda que les habitants envisagent de remettre à neuf pour en faire un camping. Ce sera également l’occasion de vérifier les conditions de logement des volontaires qui participeront au futur chantier international là-bas l’été prochain.

Jaime nous conduit donc d’abord à la casa-hacienda qui, malgré son délabrement, se révèle être un véritable petit bijou. La localisation, dans un écrin de verdure à deux pas de Moray, est idéale. La vue, splendide. La répartition des pièces est parfaite : les communs et la cuisine au rez-de-chaussée, les chambres à l’étage avec un immense balcon qui permet de profiter d’un panorama époustouflant. Pour l’instant, faute d’escaliers, l’accès à l’étage du haut demande un peu de gymnastique mais cela ne me fait pas revenir sur mon point de vue : cette maison a un cachet et un potentiel immense. Le travail pour la remettre en état ne manquera pas, mais si la communauté parvient à la réhabiliter, elle peut en faire un atout majeur.


Jaime nous emmène ensuite chez lui dans l’un des 5 secteurs de la communauté, celui de Sta Ana. Je veux vérifier de mes propres yeux si lui et le petit Edwin sont en position d’offrir un logement aux futurs volontaires qui travailleront dans la communauté ou si ces derniers devront se contenter de rester dans le secteur de Misminay. En effet, ce n’est pas parce que Misminay offre des conditions de logement optimales puisque les habitants travaillent déjà le thème du tourisme rural avec une grande agence de voyage, qu’il faut oublier les autres secteurs. Nous voudrions que tous nos participants de la communauté aient l’occasion de loger les volontaires, surtout Edwin qui est probablement un de nos étudiants les plus assidus. En effet, recevoir des volontaires est un bon moyen pour s’exercer à l’art de recevoir et échanger avec des visiteurs.

A vrai dire, je redoute un peu cette « inspection » et crains d’être déçue. A voir la cour intérieur de la maison de Jaime, je reste sur cette impression. En effet, avec les pluies qui se sont récemment abattues sur la région, les patios en terre battues de maisons rurales ce sont transformés en marres de boues. Et quand des animaux y sont élevés, comme c’est le cas chez Jaime, c’est pire encore car le fumier se mélange à la gadoue. C’est tout sauf accueillant. Mais Jaime nous explique qu’il compte recevoir ses visiteurs non pas chez lui mais dans l’ancienne maison de son père. Changement de perspective et de décor... La seconde maison située sur les hauteurs semble bien plus adaptée à l’accueil de voyageurs. Il y a de vastes chambres, la cour est beaucoup moins boueuse, l’endroit est très calme et il y a même un cabinet de toilette. Ici, je me fais beaucoup moins de souci pour mes volontaires.

C’est donc soulagée que je prends le chemin de la maison d’Edwin, plus loin encore sur les hauteurs. Et la montée ne se fait pas sans peine. Sous l’effort, j’ai l’impression que mon « Arroz a la Cubana » de 10 heures, un plat à base de riz, œufs et bananes. (Super bon...), va se rappeler à mon bon souvenir. J’arrive au sommet essoufflée, fatiguée, dans un assez piteux état. Et comme un malheur n’arrive pas seul, la maman d’Edwin nous propose une petite chicha pour nous requinquer. Mais personnellement, je doute que cela améliore ma condition, bien au contraire. Je ferais n’importe quoi pour passer mon tour...

Dire qu’Edwin tous les jours termine son trajet quotidien d’une bonne dizaine de kilomètres depuis Maras par cette horrible côte... Nous avions déjà beaucoup de respect pour cet adolescent qui malgré un particulièrement long trajet à pied ne rate aucune de nos séances de formation. Mais en me rendant compte sur place de l’effort que lui demande cette assistance assidue, je ne peux que m’incliner devant son courage. Malheureusement, Edwin n’est pas là pour que nous puissions le féliciter une fois encore. La visite sera de courte durée.

Sur le chemin du retour, une fois de plus, je pique du nez dans le 4X4. Il faut dire que pour avancer dans mon travail, je me suis levée à 5h du matin et la journée est loin d’être finie puisque cet après-midi, nous allons à Tankarpata pour distribuer aux enfants de la communauté les jouets que nous avons récoltés lors du repas du réveillon de Noël.

Nous avons proposé à tous les participants au repas de nous accompagner pour offrir en personne leur cadeau s’ils le souhaitaient. Entre les Couch Surfers qui ont répondu à l’invitation et les volontaires de Cooperarperu, nous sommes une bonne vingtaine à nous retrouver vers 15h00 à la Caja Mágica. Il faut donc organiser des équipes. Celle des filles part en éclaireur pour donner un petit coup de balai au centre où Cooperarperu travaille avec les enfants au sein de la communauté. Un autre groupe s’en va acheter quelques derniers cadeaux et surtout chercher le costume du papa Noël. Il reste deux autres équipes avec à leur tête Gustavo et moi-même. Et dans ma « troupe », il y a un atout de choc : Omar, l’un des artistes que j’avais interviewé dans le cadre de The Busking Project et qui a gentiment accepté de venir faire un spectacle pour les enfants. Autant dire que lorsqu’il arrive dans la communauté avec son monocycle, il ne passe pas inaperçu. Tous les enfants lui foncent dessus.

Comme Eduardo n’est pas encore arrivé, ce sont Jackie et moi qui prenons la direction des opérations. En effet, sans leur mentor pour leur donner des instructions, les volontaires de Cooperarperu semblent un peu perdus. Nous activons donc tout le monde pour faire installer les enfants à l’intérieur pour que Jackie puisse leur faire une petite présentation sur ce qu’est Noël, le Père Noël, les Rois Mages, etc. Jackie commence par un petit energizer censé capter l’attention des enfants. Seule la moitié participe, les autres se contentent de regarder, à l’instar de bon nombre des adultes présents qui, eux non plus, ne se mêlent pas au jeu. Personnellement, cela me dépasse. Pour moi, participer aux activités avec les enfants est une chose tellement naturelle.

Ensuite, Jackie essaie tant bien que mal de débattre avec les enfants et de leur expliquer qu’à Noël le plus important ne sont pas les cadeaux mais bien le fait de partager un bon moment avec ceux qui nous sont chers. Pauvre Jackie, les enfants sont très dissipés. La majorité n’écoutent absolument pas et préfèrent jouer avec leur voisin. Elle n’a clairement pas choisi la tâche la plus facile.

Ensuite nous allons dehors pour faire un petit jeu, une sorte de renard qui passe. Eduardo est enfin arrivé. Les choses commencent à prendre forme. Presque tous participent cette fois à l’activité, adultes y compris. Après le jeu, commence enfin le spectacle d’Omar. Pour lui aussi les conditions sont un peu difficiles, il faut interagir avec des enfants un peu plus turbulents qu’à l’habitude et qui, de temps à autre, tentent de lui chiper son matériel. Mais en soi, tout se passe relativement bien. Le spectacle est très réussi, la plupart des enfants semblent captivés et en redemandent.








Arrive le moment un peu difficile de « prendre congé » des enfants qui nous ont rejoints pour l’occasion mais ne participent pas régulièrement aux activités de Cooperarperu. En effet, eux aussi savent qu’il va y avoir une distribution de cadeaux et espèrent recevoir le leur. Or, les cadeaux sont en nombre limité et réservés aux enfants qui fréquentent quotidiennement le centre de soutien de l’ONG. Eduardo leur explique qu’ils peuvent s’inscrire aux activités à partir de janvier et pourront ainsi participer à la fête l’année prochaine. Malheureusement, aucun ne veut partir et il faut trouver un moyen de mettre dehors les non-habitués et de les empêcher d’entrer à nouveau. Pendant toute la session de distribution de cadeaux, ceux-ci frapperont à la porte pour qu’on les laisse prendre part à la fête.

Finalement arrive le tant attendu Père Noël pour la non moins attendue distribution de cadeaux. Chacun reçoit des mains de celui-ci un paquet cadeau à son nom et tous l’embrassent pour le remercier. Au niveau des jouets, il y en a pour tous les goûts : camion, voiture télécommandée, ballon de foot, dinette, poupée, perles pour faire des bijoux, etc. Lorsque le Père Noël donne le nom de l’un ou l’autre « ami secret » d’un des Couch Surfers présent sur place, celui-ci ne peut s’empêcher de vérifier discrètement si l’enfant a apprécié son cadeau. Personnellement, je suis ravie de voir que le journal intime que j’ai offert à la petit Flor semble lui plaire.







La distribution de cadeau s’éternise un peu à mon goût. Les enfants sont surexcités et veulent tous montrer à leurs camarades ce qu’ils ont reçu (parfois pour procéder à des échanges...). Cela crie dans tous les sens. Que d’émotions... Ce joyeux bordel commence pourtant à me fatiguer et à voir la tête des autres volontaires, je ne suis pas la seule dans ce cas. Après une ultime photo de groupe, nous sommes sur les genoux mais contents de pouvoir quitter le centre une fois notre mission accomplie.

[ Voir les photos : Pérou - Cusco ]

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