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Lalibela, Éthiopie // vendredi 10/01/2014

Le 10/01/14, 18:40

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[ Situer sur la carte : Ethiopie - Lalibela ]

Le réveil sonne à 7h. Je suis plutôt en pleine forme, pour selon que la veille fut agitée et alcoolisée... Je sors pour prendre une douche, malheureusement, la seule "salle de bains" commune n'est autre qu'un robinet à l'extérieur, au milieu d'un carré de gazon, à 20 cm de hauteur. Bon. La grève de l'hygiène continue... Au moins je me lave la face et les pieds, puisque je n'ai plus qu'une paire de chaussures de marche, mes vieilles adidas noires ayant rendu l'âme à Axoum quelques jours auparavant...
Dans la cour, un jeune sort d'un tas de tôle qu'on pourrait prendre pour une niche pour chien, vêtu seulement d'un espèce de drap blanc comme couverture. Il est étudiant en médecine et loue cette "chambre" car son village est trop loin de Lalibela. Ouch...
Je frappe chez Tommy, il se réveille en deux temps trois mouvements.
Je frappe chez Meftah, il se réveille aussi, lui qui est un gros dormeur.
Je frappe chez Ju et Toto, la porte est entrouverte, je rentre pour voir que les deux compères dorment profondément, bien emmitouflés dans les couvertures de la pension. Pour ma part, je dors presque toujours dans mon duvet, je suis un peu craintif de me dire que ces couvertures ne soient lavées qu'une fois l'an, quand aux draps, ils ne sont pas changés tous les jours c'est sûr...
Toto se lève assez rapidement, mais je me rends compte après quelques mètres qu'il est encore complètement saoul... Nous sommes rentrés tous ensemble hier vers 1h du matin, mais Toto est ressorti pour aller au bar du coin où il est resté jusqu'à 4h!
Tout le monde est paré, nous allons tout d'abord prendre un petit déjeuner, tout le monde en a bien besoin, mais surtout Toto car la journée de visite va être longue...
Une bonne omelette nous remet d'aplomb.
En route pour le bureau à l'entrée du site.
On croise plein de français, notamment un couple de la région Parisienne, Françoise et Dominique, la cinquantaine.
On paie donc 950 birrs chacun (un peu plus de 35€), mais fort heureusement il n'y a pas d'extra pour les appareils photos...
On descend tous les cinq en direction de la première église, Beta Medhane Alem.
[ Pour l'information historique, Lalibela (qui donnera son nom à la ville) découvre que son frère, alors roi, tente de l'empoisonner. Il ingère volontairement le poison. Lalibela plonge dans un coma profond pendant trois jours durant lesquels il reçoit une mission divine: construire les 12 églises dans le rocher. Après des années d'exil, il revient et son frère, convaincu par une révélation divine, abdique en sa faveur. Lalibela devient alors roi, débute sa mission titanesque de construction des sanctuaires, et régit son royaume de manière très particulière, en donnant énormément de biens aux pauvres. Il devient un roi très aimé. ]
La première église, donc, Beta Medhane Alem, est la plus grande. A l'arrivée dans la "fosse" (puisque toutes les églises sont creusées dans des immenses rocs), la vision est impressionnante. Elle fait environ 30 mètres de long, pour 20 de large et 11 de hauteur.
Hallucinant de se dire que tout ceci a été creusé dans un seul et même "caillou" avec autant de piliers, portes, fenêtres, etc...
Tommy a un guide en japonais, moi j'ai mon Petit Futé et je fais la lecture pour Meftah, Ju, Toto et moi. Encore une fois, tout est passionnant!
Nous rentrons dans cette église (en se déchaussant à l'entrée, qui laisse dégager des odeurs bien désagréables) et je ressens alors toute la spiritualité depuis tant de siècles dans cet endroit.
L'intérieur n'est pas si imposant que l'extérieur, puisqu'il y a de nombreux
piliers et les murs étant épais de deux mètres...!
En revanche, l'atmosphère qui règne me subjugue. Il y a quelques touristes, certes, mais aussi des pratiquants, dont le culte orthodoxe éthiopien est si particulier.
Il fait assez sombre, pour seul éclairage des néons infects dignes d'une morgue...
Des peintures et fresques parviennent tout de même à se distinguer malgré la pénombre.
Je passe ma main sur un pilier, usé par la quantité de pèlerins passés par ici, effleurant les murs du sanctuaire. Je ressens vraiment l'atmosphère ici, j'en ai les poils qui se dressent sur les bras. Vraiment. Un peu la même sensation que lorsque je le suis retrouvé devant Ste Sophie à Istanbul l'année dernière...
Les connexions entre les églises de font via de petits tunnels, ou des tranchées. Tout ça taillé dans un seul morceau de caillasse.
La deuxième église, Beta Mariam, contient un trésor impressionnant. L'extérieur est assez beau puisqu'il y des gravures sur les murs, relatant des épopées de cavaliers éthiopiens.
La légende raconte que le Christ serait apparu au roi Lalibela, dans cet église, et qu'il aurait laissé sur le pilier central le récit du passé de de l'avenir du monde. Celui-ci est désormais couvert d'un immense drap, et si le pilier venait à être dévoilé, la fin du monde serait alors instantanée... J'adore ce genre de légendes...
Plusieurs petites églises sont autour de la précédente, Beta Meskal, Beta Denaghel, églises dédiée aux vierges décapitées sous le règne de l'empereur romain Julien l'Apostat, au IVème siècle.
Ensuite, Beta Debre Sina et Beta Golgotha, deux églises accolées, mais reliées par une porte symbolisant la connexion entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans une des sept nefs de ces deux églises, un autel dissimule une dalle menant à la tombe du roi Lalibela lui-même. La chapelle Selassie (trinité) ne se visite pas et est considéré comme le lieu le plus sacré de la ville.
De ces églises part une longues tranchées menant vers le tombeau d'Adam. Lui-même. Le "prems"... Le monument fait plusieurs mètres de haut, et est percé par une grande croix qui constitue l'entrée "principale" du groupe d'églises, même si les visites commencent par Beta Medhane Alem, qui est plus proche du bureau de ventes des billets.
Ensuite nous continuons de marcher, en direction de Beta Ghiorghis, qui est le plus gros monument de Lalibela, et le plus célèbre. Sur la route, on décide de faire une pause. Buna + Fanta Ananas. Un classique...
5 farenjis ensemble, ça attire forcément les regards, notamment des enfants qui nous suivent en masse. Toto va mieux, il a bien décuvé...
Tous les gamins nous font des cadeaux, excepté à Tommy, que tout le monde croit chinois, et vu la réputation qu'on les chinois ici, personne ne veut lui parler... Tout le monde crie "China! China!", Tommy ayant baissé les bras pour essayer d'expliquer qu'il est Japonais, et que ben... simplement, c'est pas pareil!
Un petit (dont j'ai écrit le prénom quelque part, mais je ne retrouve plus où... Je vais simplement le surnommer "mon fils") nous suit, je le prends sous mon aile, il parle bien anglais pour ses 7 ou 8 ans.
Il m'offre 2 petites croix orthodoxes et bois, qui s'ajoutent aux 2 bracelets vert, jaune et rouge "I LOVE ETHIOPIA" et "Éthiopie" écrit en amharique pour le second. Ce n'est pas grand chose mais je suis tout ému...
On croise plein de gamins, je pense ne jamais autant avoir donné mon adresse mail en une journée, même plus que quand je faisais du booking...
En chemin pour Beta Ghiorghis, on s'arrête devant une petite échoppe, un mec fait des peintures. De belles frises colorées à la gloire de St Georges ayant vaincu un dragon, ou encore Sainte Marie. Mais une autre œuvre m'intéresse le plus. Il s'agit d'une peau de chèvre sur laquelle sont peintes toutes les lettres et chiffres de l'alphabet amharique. Après une bonne négociation, j'achète la peau de chèvre et un petite frise pour 900 birhs. Je suis content, même si la peau de chèvre roulée va prendre de la place dans mon sac et il va falloir que je la protège, pour toute la suite de mon voyage.
Arrivés à Beta Ghiorghis (église consacrée donc à St Georges), et vision hallucinante.
On accède au site par le haut et une fois assez proches pour distinguer l'édifice, je me rends compte que la croix en surface du "caillou" n'est autre que le toit de l'église en elle-même. Tout a été creusé dans cet énorme roc, et le monument de 12 mètres de haut surgit de l'énorme trou creusé dans la caillasse. Deuxième grosse baffe de la journée. Le monument est donc en forme de croix, et le toit est très bien sculpté avec des croix en "poupées russes".
La légende (celle-là je l'adore...!) raconte que St Georges serait apparu à Lalibela lors de la construction des différentes églises, et que le saint patron aurait été étonné, voire vexé qu'aucun monument ne lui soit dévoué. Pour réparer cet oubli, Lalibela décida de construire un chef d'œuvre pour St Georges.
L'orgueilleux saint patron... J'adore...! On éclate tous de rire lorsque je lis les lignes de mon guide relatant la légende...
On descend par une longue tranchée, où, là aussi, on se rend compte des probables millions de pèlerins qui ont du emprunter le même passage, au cours des siècles...
Une fois la dernière porte passée, on arrive face à ce bloc monolithique impressionnant. En revanche, impossible de prendre en photo en entier l'église du bas, pas assez de recul, on est vraiment dans un trou.
En faisant le tour du bâtie ment, on aperçoit des cavités qui laissent s'échapper de la fumée, encore des ermites vivant encore dans les lieux... C'est fou. On en croise un ou deux, et en les voyant, on ne doute pas une seule seconde de leur foi... Des mecs habillés avec des rideaux qui ont des croûtes à la place des cheveux, et qui n'ont jamais dû voir une brosse à dents de leur vie... Une rapide description tournée au comique qui démontre que ce sont bien de bons allumés...
L'intérieur n'est pas si impressionnant que l'extérieur. C'est assez contigu, et encore une fois, pour seule lumière artificielle, des néons dégueulasses...
Après quelques photos, on remonte "en ville" (toujours escorté par "mon fils") pour manger un bout puis rejoindre la pension et faire une sieste, avant de visiter le second groupe d'églises au Sud de la ville. Certains en ont plus besoin que d'autres...
De mon côté, je décide de rester éveillé sinon je pense que je vais sombrer pour plusieurs heures. Je décide alors d'aller chez un "barber shop". Pour déconner, je me fais une iroquoise, tout en conservant ma barbe qui a plusieurs mois déjà... Tout le monde rigole, et me surnomme "Balotelli", comme le joueur de foot italien... Ça m'aura coûté 20 birhs, soit même pas un euro.
Je retrouve les autres à la pension pour aller au second groupe d'églises. On a tous bien pris le rythme africain, du coup, on tarde à partir... Sur le chemin, mon fils nous retrouve. C'est étrange, il marche bizarrement. Il n'a qu'une sandale en plastique. Je n'avais pas remarqué ça auparavant. Dans mon élan de générosité, je décide de lui acheter une nouvelle paire. Il m'emmène dans une boutique où il n'y a presque pas de sandales, mais surtout des baskets. Allez, c'est ma journée "Abbé Pierre", je lui acheté une paire de baskets toute neuve. Il choisit un modèle qui lui plaît, sauf qu'il les prends en pointure 38!!! Bon, une paire de chaussures, ça peut durer longtemps, en effet, mais je pense qu'il doit vraiment nager dedans. Mon fils est tout content, j'aurais dépensé 10€...
On se dirige vers le second groupe d'églises quand on tombe sur le couple de français, Françoise et Dominique. On s'arrête discuter un moment et j'adore Dominique. Ils ont tous les deux la cinquantaine bien passée, je pense, et voyagent à fond! J'aimerais être comme lui à son âge. Je prends leur mail (finalement, je ne fais pas que donner le mien) et on se dit qu'on restera en contact, et pourquoi pas se voir si je passe par chez eux, ou l'inverse.
Finalement, à l'entrée du second groupe d'églises, on se fait refouler à l'entrée par un garde et sa Kalashnikov. Bon, il a du s'en servir autant de fois que les ermites d'un sèche-cheveux... Il n'est pas très impressionnant, mais tout de même.
Bref, il est 17h et on a loupé les 4 dernières églises. Fichtre.
En remontant vers notre pension, on retrouve mon fils, qui a toujours à la main le sac plastique avec ses baskets neuves, mais, bizarrement, il a de nouveau deux sandales. J'en rigole. Il m'a bien eu, mais c'est de bonne guerre, et puis j'ai fait un heureux ("Saint FX, priez pour nous...").
Arrivés à la pension, le tenancier me dit qu'il n'irait à Bahar Dar que dimanche, et non samedi. Je décide d'aller éclaircir la suite de mon itinéraire avec Daniel (Jackson #1) qui trainait dans les parages. On descend à pied à la gare routière (3 bons kilomètres plus bas), Daniel commence à me saouler en me disant (en rigolant) qu'il va me voler ma casquette, etc... Tout ça pour apprendre finalement qu'il suffit de venir le lendemain matin à 5h et prendre un bus, direct pour Bahar Dar et retrouver Highlove, qui est définitivement amoureux de moi, lui qui m'appelle presque tous les jours pour savoir si je vais bien. Du coup, même si j'aime bien marcher, ça ma saoulé de marcher avec un mec que je ne peux plus piffrer. Bref.
Je reçois un message d'Alex qui nous propose de se retrouver pour le dîner dans un restaurant. "Unique" restaurant, c'est son nom.
Je retrouve Meftah, Ju, Toto et Tommy qui me disent qu'ils ont de nouveau croisé "mon fils" accompagné cette fois de son père biologique, qui portait les chaussures que j'avais offert au gamin. Bon. #FAIL...
En arrivant au restaurant, sur la façade est écrit:
"UNIQUE RESTAURANT, recommended by Farenjis..." Rigolo. En même temps, il n'y a pas de porte pour coller l'écusson Trip Advisor ou Guide du Routard...
Alex arrive un peu en retard, on commande à manger et on passe un bon moment tous les 6, la nourriture (éthiopienne, bien sur...!) est excellente...
A la fin du repas, on demande l'addition et la tenancière nous apporte la carte. On pense qu'elle n'a pas compris, mais si. En fait, personne ne sait compter parmi le staff du restaurant, du coup, les clients font eux-même le calcul de ce qu'ils doivent, et la patronne ne peut pas vérifier si le compte est bon.
Le restaurant n'est pas seulement unique pour sa nourriture, mais aussi pour son service... C'est sûrement le seul endroit sur la planète où ça se passe comme ça.
Sur le chemin du retour, nous quittons Alex, mon compagnon de voyage jusqu'à présent sur quelques jours. Je suis presque triste. Il va me manquer, ce con... Il part le lendemain matin pour Addis (en avion, il en a "plein le cul" des minibus) pour partir d'Ethiopie et retourner au Caire le surlendemain. Je ne sais pas si c'est autant réciproque, mais je l'apprécie vraiment bien, on restera en contact de toute façon...
Mes 4 collègues ne savent toujours pas trop comment ils vont rejoindre Addis le lendemain. Il est même fort probable qu'ils mettent 2 jours pour y arriver, il faut déjà 2 heures pour faire les 65 premiers kilomètres de piste.
Toto, Ju, Tommy et moi allons boire une dernière bière à côté de la pension, accompagné par l'étudiant en médecine qui vit dans le tas de tôles de la cour de la pension. Sur le chemin du bistrot (environ 25 mètres) je manque de me faire écraser un pied par un énorme 4x4. Il est mécontent, baisse sa vitre pour me le faire savoir... Aussitôt que je parle (en anglais cette fois) il me demande d'où nous venons.
Là où d'ordinaire, tout le monde nous dit "aaaah! French! Parissss Sainte Germaïne, Lyonne, Olimepic de Mawseille...", lui nous répond qu'il a des amis en France et qu'il va leur rendre visite pour plusieurs mois dès juillet, puisqu'il va aussi suivre une formation.
Pas à Paris, ni Lyon, ni Bordeaux ou je ne sais où, mais à Amboise et Loches. J'explose de rire. On s'échange nos emails, peut être que je lui rendrais visite si je vais voir mes potes tourangeaux où la famille à Truyes...
Dans la même voiture, un autre gars (Mandela de son prénom...) me dit qu'il a un véhicule pour Bahar Dar le lendemain. On se retrouvera au bar dans quelques minutes, dès qu'ils se seront garés.
Au bar, je décide de payer un coup au jeune local. Journée "Abbé Pierre", je disais. J'ai de la peine pour lui...
On discute pas mal avec Ju et Toto, on se retrouvera à Addis dans quelques jours.
Mandela revient et me fait une proposition. 450 birhs en minibus, plus rapide et plus confort que le bus, je ne discute même pas le prix. En revanche, j'insiste pour avoir le siège de devant, le "front seat" si confortable par rapport aux places de derrière. Pas de problème, il viendra me chercher à 4h15. Ouch. Je vais vite aller me coucher alors.
Arrivés à la pension, l'étudiant nous souhaite bonne nuit, ne nous demande même pas d'argent, il est juste sympathique et est content d'avoir passé un moment avec nous. Il me fait de la peine. Je file dans la chambre, je prends la couverture du lit, et lui la donne, moi qui ait mon duvet.
Journée "Abbé Pierre", 4ème épisode. Il me remercie avec les larmes aux yeux.
Je me lave les dents, rentre dans ma chambre et mets mon réveil pour 4h.
zZzZzZzZ...

Posté par fxlemaitre |

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