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Etape n 8: San Cristobal de las Casas

Le 11/07/14, 4:25

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Après 5h de routes sinueuses dans les montages du Chiapas, nous arrivons à San Cristobal de las Casas, situé à 2140m d'altitude. L'air est frais et on se sentirait presque en Europe, encerclés de collines boisées de pins. La ville fut nommée d'après Bartolomé de las Casas, défenseur des indigènes lors de la controverse de Valladolid. San Cristobal est une ancienne ville coloniale. On y retrouve donc les maisons typiques de ces villes, peintes et décorées de couleurs chaudes. La ville est très cosmopolite et animée. On déambule dans ses petites rues pavées bordées d'échoppes et de restaurants charmants. On y croise de nombreux occidentaux babas cool, en sandales et sarouels, certains portant des dreadlocks et toujours très bronzés. On y trouve même une délicieuse boulangerie servant des croissants et des pains au chocolat purs beurre!

Le lendemain matin, nous partons pour le village de San Juan Chamula, un village tzotzile (une des ethnies mayas de la région) situé à 10km de San Cristobal. Nous tombons bien, c'est dimanche et donc jour de messe et de marché. Le village est très animé et nous avons du mal à se frayer un chemin. Nous nous sentons très grands pour une fois, dépassant tout le monde d'une tête au moins.


De grandes croix vertes décorées de branches de pin sont disposées un peu partout sur la place de l'église.


Nous remarquons que les niches destinées aux statues de saints sur la façade de l'église sont vides. Nous entrons dans l'église bondée. A l'intérieur, il n'y a pas de bancs pour s’asseoir. Les gens sont debout ou assis par terre. Le sol est jonché d'aiguilles de pins. Dans le chœur de l'église a lieu une messe plutôt "classique" (sauf que les fidèles sont agenouillés au lieu d'être confortablement assis sur des bancs). Mais dans le reste de l'église, c'est toute une autre histoire. Les représentations de jaguars côtoient celles des saints catholiques. Les gens debout discutent, tandis que ceux qui sont assis sont en pleine prière à haute voix. En s'avançant, nous remarquons des centaines de bougies de tailles et de couleurs différentes, à même le sol. Ces bougies sont posées là et allumées par les fidèles (des femmes le plus souvent) en plein rituel, récitant des prières une bouteille de soda à leur côté, et parfois, une poule dans les bras. Les poules et les coqs sont utilisés pour désenvoûter les personnes malades. On passe alors la poule (pour les femmes) ou le coq (pour les hommes) vivant au dessus des flammes de bougies puis sur la personne à désenvoûter. L'animal est ensuite sacrifié (on lui brise le cou, sans un bruit) et sera enterré plus tard. En effet, on ne doit surtout pas manger un animal ayant absorbé des mauvais esprits. Nous assistons à toutes ces scènes fascinés, en essayant de ne pas marcher sur une bougie ou de glisser sur les tas d'aiguilles de pin.

L'après- midi, nous rentrons à San Cristobal flâner dans les rues. Après un bon poulet au mole (sauce cacao), nous partons à l'assaut du marché artisanal. Nous sommes étonnés de trouver de nombreux objets à l'effigie de femmes cagoulées. Ce personnage est en effet un symbole de l'EZLN, l'armée zapatiste de libération nationale, très populaire dans le Chiapas. Cette organisation revendique le droit au travail, au logement, à l'éducation, à la santé et à l'indépendance des peuples indigènes.
J'achète une blouse brodée à une coopérative de femmes tzotziles, J'Pas Joloviletik (= Celles qui font des tissus). Il existe plein de type de blouses différents, chaque motif et couleur étant un symbole de l'appartenance à un village.

Le lendemain, nous partons pour Chiapa de Corzo, à 40km environ de San Cristobal. Chiapa de Corzo est la plus ancienne ville coloniale du Chiapas. Sur le zócalo (la place principale) trône une fontaine du 16ème siècle de style mauresque et à ses côtés, datant de la même époque, un énorme kapokier protégé par l'état, vu son âge.



De là, nous prenons une lancha sur le rio Grijalba à la découverte du cañon del Sumidero pour une balade de 2h. Nous sommes ici dans un parc naturel. Des crocodiles se prélassent sur les rives de la rivière. On peut aussi observer de très nombreux oiseaux (des pélicans, cormorans, aigrettes et bien d'autres) et même quelques singes araignées se balançant dans les arbres. Le cañon fait 900m à son point le plus haut. On se sent tout petits, encerclés par ces immenses parois. Par endroits, une grosse couche de déchets flotte sur la rivière, entraînée par les pluies depuis toute la région.




Cascade dite du "Sapin de Noël"


De retour à San Cristobal, nous allons visiter le centre de développement de la médecine maya. On y trouve un musée explicatif, un jardin botanique et une pharmacie. On y apprend par exemple que la couleur et la taille des bougies utilisées lors des cérémonies dépendent de la maladie à guérir. La médecine maya se base sur 6 techniques de guérison différentes : les bougies, la croix, les prières, l'encens, les plantes et les boissons alcoolisées (ou des sodas à défaut), à boire et à recracher. On y apprend aussi comment se déroule un accouchement traditionnel. La femme est agenouillée face à son marri qui la tient dans ses bras. La sage femme serre le ventre de la femme à l'aide d'une ceinture. Le bébé sorti, elle le nettoie d'une certaine façon pour faire partir les mauvais esprits et empêcher ainsi les cauchemars. Dans le jardin botanique, on découvre toutes sortes de fleurs ou d'arbres dont on utilise l'écorce, les feuilles ou les fleurs pour guérir toutes sortes de maladies (diarrhées, fièvres, hémorragies, fractures...). De très nombreux médicaments vendus par les industries pharmaceutiques utilisent le principe actif de ces plantes, ce qui rapporte une fortune aux auteurs des brevets, sans aucune reconnaissance du savoir des indigènes.



Rues et marché de San Cristobal

Le jour suivant, nous restons flâner en ville pour profiter de notre dernière journée. Nous commençons par une visite d'un atelier de papier, où tout est fabriqué à partir de papier recyclé ou de fibres végétales (noix de coco ou de bananes par exemple). On peut y acheter des carnets ou des livres de poésie maya.

Nous continuons par la visite de Na Bolom, une association fondée en 1951 par un danois et une suissesse ethnologues ayant pour but de promouvoir la culture lacandonne. Les Lacandons sont une ethnie maya vivant dans la forêt vierge au Sud-Est du Chiapas. Cette communauté n'a jamais été colonisée et ses membres vivent encore selon leurs traditions ancestrales, mais leur mode de vie est en train de changer dû à la déforestation.

La création du toucan par Hachakyum, dieu des lacandons

Le dieu façonna le toucan à partir d'argile puis lui donna la vie. Le toucan était très satisfait de son grand bec noir bien droit. Le dieu lui dit ensuite d'aller se nourrir à l'arbre ko'och. Le toucan s'envola donc, et rencontrant un humain, lui enfonça le bec dans la gorge et le tua.
"Je t'avais dit ko'och, le fruit de l'arbre ko'och!", s'exclama le dieu. Celui-ci ressucita l'humain. L'oiseau repartit et fonça tout droit dans le tronc du ko'och.
"Mon bec! Il est tout tordu!", se lamenta le toucan.
"Eh bien, tu garderas ton bec tordu et teinté de rouge du sang humain pour toujours." lui répondit le dieu.


Pour comprendre cette histoire, il faut savoir que ko'och en lacandon est une espèce d'arbre, mais signifie aussi "gorge".

[ Voir les photos : Mexique - San Juan Chamula ]

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